Paroles d’habitants #3

La Cité Résidence du Parc à Méricourt est inscrite sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. Elle va prochainement être réhabilitée par Sia Habitat. La grande majorité des habitants a voté pour cette réhabilitation mais il y a aussi des craintes et beaucoup de questions liées à ce processus délicat. La parole est donnée aux habitants en leur proposant de garder des traces sensibles de leurs logements mais aussi en réalisant des portraits et en collectant leurs témoignages. Voici ci-dessous quelques passages de ces échanges.

Marie-Thérèse : « Cela fait 41 ans que j’habite dans cette maison. Quand je suis arrivée, il y avait un chemin de fer qui passait juste derrière. Il transportait le charbon de la fosse 4/5 sud de Méricourt jusqu’à la cokerie de Drocourt. Edouard, mon mari, a toujours vécu ici. Il a commencé à travailler à l’âge de 14 ans à la fosse pour que sa mère puisse garder la maison. Son père était lui aussi mineur. Il est mort jeune et il n’avait pas cumulé assez d’années pour qu’ils puissent conserver la maison. Quand on s’est mariés, je suis venue m’installer avec lui ici. Mon mari est décédé il y a neuf ans.
Un jour, j’ai fait une descente à la fosse 5 de Sallaumines avec mon mari et avec mon frère. On a tout vu et surtout les mineurs au travail. Cela m’a choquée, il travaillait comme des esclaves.
La Berline, on en a fait la demande auprès du chef de la fosse. Il nous a fait un bon de sortie. C’était juste avant la fermeture de la mine. C’est moi qui la voulais pour avoir un souvenir. Et puis je mets des fleurs dedans, c’est comme un hommage. »

Mélinda : « Je suis venue m’installer à Méricourt avec mes enfants et mon mari pour me rapprocher de ma famille d’accueil. J’ai été placée chez eux de 8 ans à 17 ans. J’ai eu de la chance, je suis tombée sur une famille en or. J’ai été très bien éduquée ! On est toujours en contact, je les appelle tous les jours. Maintenant il ne reste que Renée, j’ai sa photo sur mon téléphone. Elle est fière de moi, elle m’a beaucoup aidée, conseillée, et son mari aussi. Quand j’étais chez eux, on allait en vacances à la Panne avec leurs enfants. On passait de beaux moments ensemble et on se considère vraiment comme frère et soeur. »

Michelle : « Mon mari était mineur de fond à la fosse 3 de Bruay-La-Buissière. On s’est rencontrés au bal à la salle des fêtes de Bruay le 14 juillet 1958 et on s’est mariés un an plus tard. Notre photo de mariage a été faite par le studio Charles et Roger. J’adore cette photo, on était jeunes et beaux ! Cette même année 1959, mon mari a été appelé par l’armée pour partir en Algérie dans le cadre de son service militaire, il est était pupille de la Nation. Il est revenu en 1962.
En Algérie c’était très dur, il était sur le front et il a perdu beaucoup d’amis. Quand il est rentré ce n’était plus le même. »

Zakaria : « J’habite dans cette maison depuis ma naissance. Le quartier est calme et on a un bon voisinage. Mes amis sont tous de Méricourt. On se connait depuis la maternelle ! J’ai des amis d’origine polonaise, italienne, algérienne, marocaine. On s’est tous invités dans les pays respectifs où on a encore de la famille. J’ai par exemple été en Sicile dans la famille d’un ami de Méricourt. D’autres amis sont venus à Agadir dans ma famille. On a même été en Thaïlande ensemble !
Ici c’est la base. Certains partent mais tout le monde revient voir les parents. On a été éduqués comme ça, on ne coupe jamais les liens familiaux ni ceux entre amis avec qui on a grandi ».

A propos JMA

Jean-Michel André, artiste photographe

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